Overblog Tous les blogs Top blogs Environnement & Bio
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Faune Guadeloupe

Faune Guadeloupe

Site officiel de L'ASFA : L'Association pour la Sauvegarde et la réhabilitation de la Faune des Antilles

chasse excessive et braconnage intense

Publié le par asfa
Publié dans : #Chasse excessive et braconnage intense

  

Sainte-Anne, le 17 juin 2013

 

Madame la Préfète de la Guadeloupe,

Monsieur le Secrétaire Général de la Préfecture,

Monsieur le Directeur de la DEAL,

 

Consternée par l'évidente collusion entre les représentants de l'Etat et la fédération des chasseurs et refusant par ma présence, de cautionner ce genre de mascarade et un résultat manifestement acquis d'avance, je vous informe de ma décision de démissionner de la Commission Départementale de la Chasse et de la faune Sauvage dont la seule fonction est d'entériner des accords préalables ; ce, au mépris des plus élémentaires mesures de préservation des espèces endémiques.

 

Pour satisfaire le seul plaisir de tuer, des chasseurs, vous allez de nouveau autoriser l’abattage de grives à pattes jaunes dans la région dite du “croissant bananier” alors que leur consommation est interdite du fait de l'imprégnation potentielle par la chlordécone.

 

Cette espèce forestière est endémique de 4 îles seulement des Petites Antilles dont Sainte- Lucie, où elle est extrêmement rare. Elle existe donc dans ces îles et nulle part ailleurs au monde. Elle bénéficie naturellement d’une protection légale forte dans les 3 autres îles où elle est présente. L’espèce est classée menacée à l’échelle mondiale par L’UICN (statut Vulnérable) et à l’échelle locale par le Comité français de L’UICN, organisme dont le Ministère de l’écologie est membre pour la France (statut également Vulnérable).

 

Il est admis que les organochlorés, dont fait partie la chlordécone, sont des perturbateurs endocriniens extrêmement délétères pour les fonctions de reproduction des oiseaux. La contamination avérée des populations de Grive à pattes jaunes du croissant bananier par ce pesticide, constitue donc un facteur de menace supplémentaire pour la survie de l’espèce.

 

De plus, de récentes études tendent à prouver que les populations de grives à pattes jaunes ont peu d’échanges génétiques entre elles. Ce relatif “isolement génétique” fait que :

l’adaptabilité de l’espèce aux changements constants de son environnement est amoindrie,

l’expression des gènes délétères est facilitée,

et la vulnérabilité aux agents pathogènes est largement accrue.

 

Malgré tous ces éléments que vous ne pouvez ignorer, vous allez maintenir l’autorisation de chasse sur ces populations déjà affectées. Cette décision obère l’avenir de l’espèce dans cette région contaminée par la chlordécone pour 100 à 650 ans, selon la nature des sols.

 

L’urgence de la mise en place d’une protection légale intégrale de la Grive à pattes jaunes, ainsi que le refus de considérer ce “patrimoine commun de la nation”, comme étant susceptible d'appropriation par une catégorie d'intérêts particuliers, me conduiront à l'avenir à privilégier d’autres modes d'action qui je l’espère, seront plus efficaces.

 

 

Avec mes regrets, je vous prie de croire Madame la Préfète, Monsieur le Secrétaire Général, Monsieur le Directeur, en l'expression de ma parfaite considération.

 

 

Béatrice Ibéné

 

Dr Vétérinaire

 

Naturaliste

Membre de la CDCFS depuis 2005 en tant personnalité qualifiée “spécialiste des espèces menacées” (Thèse de Doctorat vétérinaire sur la conservation de la faune sauvage de l’archipel guadeloupéen).

Membre assesseur du Gobal Amphibian Assessement de la Commission de Sauvegarde des Espèces de l’Union mondiale pour la Conservation de la Nature (UICN) pour les îles de la Caraïbe.

Présidente de L’Association pour la Sauvegarde et la réhabilitation de la Faune des Antilles (L’ASFA – www.faune-guadeloupe.com)

 

 

 -----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

 

Après 8 ans de participation bénévole à la CDCFS, Béatrice Ibéné, Présidente de l'ASFA a donc décidé de démisssioner pour dénoncer la collusion des services de l'Etat avec les chasseurs et le sort révoltant de la Grive à pattes jaunes (Turdus lherminieri).

Les deux associations présentes en tant qu'associations soit disant de "protection de l'environnement", Eco Lambda et URAPEG, ont toujours voté dans le sens du seul intérêt des chasseurs. On ne sait pourquoi ... peut être parce que des chasseurs font partie de ces associations ...

En 8 ans, les seules avancées obtenues ont été l'interdiction de chasse de grives à pattes jaunes sur la Grande Terre (où elle est rare) et l'instauration d'un quota de 8 puis 4 grives à pattes par jour et par chasseur sur la Basse -Terre. Ce qui est insuffisant puisqu'il y a très peu de contrôles ! 

Et les chasseurs le reconnaissent eux-mêmes : ils tirent sur les grives en général (grives fines, grosses grives, grives pattes jaunes, ...)  et font la diagnose ensuite !

 

Cet oiseau endémique de 4 îles des Petites Antilles est sur la liste rouge mondiale des espèces menacées de l'UICN et est également classé menacé en Guadeloupe par le Comitié français de l'UICN.

 

Les récents travaux d'Emilie Arnoux dans le cadre de sa thèse de Doctorat d'Université révèlent que la Grive à pattes  jaunes a probablement disparu de Sainte-Lucie.  Et qu'il y a 3 clades au sein de l'espèce dont celle de Montserrat et Guadeloupe. De plus, l'oiseau est sédentaire et son domaine vital est restreint. Tous ces facteurs ne font qu'aggraver le statut de conservation de cette espèce qui mérite d'être protégée intégralement. 

 

Pire encore,  l'Etat a renouvellé encore cette année l'autorisation d'abattage de grives à pattes jaunes dans la zone dite du "croissant bannanier" alors que leur consommation est interdite en raison de leur impregnation conséquente par la chlordécone !

On donne bien un droit de tuer juste pour le plaisir, au mépris de la préservation de la biodiversité et de ce patrimoine commun.  On détériore encore l'état des populations du "croissant bananier" ; puisqu'il est admis que l'imprégnation par les organochlorés est un facteur de menace des populations d'oiseaux (impact sur le fonctionnement hormonal et la reproduction). 

C'est un cas quasi unique en France où seules les espèces classées ou suceptibles dêtre classées "nuisibles " (bien que nous soyons absolument opoosés à cette qualification!) peuvent être abattues sans être consommées. 

 

Manifestement, la préfecture choisit une fois encore de méconnaitre le Principe de précaution. L'ASFA fera donc appel à l'Etat de droit afin de tenter de sauver ce qui peut encore l'être...

 

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ 

 

 

 

 

A ce sujet,  voici le courriel envoyé par Béatrice Ibéné aux membres de la CDCFS le 08/07/2013 faisant suite à la dernière réunion :

 

 

  

Monsieur Calixte,


En réponse au pathétique pensum que vous nous infligez, en un galimatias philosophico-juridico-pseudo scientifique, force est de constater que ce raisonnement spécieux amène à la conclusion que votre plaisir de tuer est la seule raison à la mise en péril d'une espèce animale non nuisible et de surcroit endémique et menacée .


Je partage toutefois votre parallèle  : ce genre de plaisir relève de la même cruauté que celle de la tauromachie. L'absence totale d'éthique de cette pratique, et sa cruauté, n'ont d'égales que celles qui vous conduisent à abattre des oiseaux juste pour le “fun”, pour le pur plaisir de les voir tomber sous vos yeux.


Une fois encore vous exposez votre ignorance de l'histoire de la chasse et de ses conséquences dramatiques,  vous ignorez  l'histoire  du Pigeon migrateur américain qui existait par milliards d’individus tant et si bien qu’un vol masquait la lumière du jour des heures durant et faisait chuter la température de plusieurs degrés jusqu’à  ce qu’il soit exterminé par les chasseurs.

Vous méconnaissez  l’histoire et le destin funeste d'espèces, un temps communes, et aujourd'hui disparues du fait d'une chasse sans éthique et  sans conscience comme celle que vous pratiquez, alors que les espèces affrontent bien d’autres menaces.  

Perruches, amazones et aras , endémiques des Antilles françaises elles aussi, ont été des espèces communes, mais au dessous d’un certain seuil, elles ont été condamnées à disparaître du fait de persécutions de chasse. Vous ignorez cet “effet de seuil”! Connaître les effectifs d’une espèce ou d’une population ne suffit pas à estimer qu’elle est en bonne santé. 


De plus, vous refusez d’admettre que l’endémisme des espèces insulaires est un facteur de vulnérabilité , que l' imprégnation au chlordécone est un facteur de menace .

A vous entendre d’ailleurs, ces animaux ne sont pas réellement contaminés puisque vous vous permettez même de douter du sérieux des analyses menées par un laboratoire de référence (celui de la Drome).


Dans le doute, la protection est la seule option éthique,  raisonnable et responsable. C’est ce qu’impose le principe de précaution inscrit dans la Constitution (article 5 de la Charte de l’environnement) et que L’Etat territorial, et vous, choisissez d’ignorer. 


La thèse d' Émilie Arnoux* révèle pourtant qu’il n’y a plus de doute. On comprend que le statut de cette espèce est encore plus préoccupant que ce qu’on pensait ; ce qui alourdit davantage la responsabilité de la France dans la conservation de l’oiseau. En effet, la grive à pattes jaunes a probablement disparu de l’île de Sainte Lucie (pas d’observation depuis 3 ans). Et, à la lumière de ces travaux, il apparaît 3 clades dont celle de la Guadeloupe et de Montserrat. Madame Arnoux définit ainsi 3 unités significatives de gestion afin de préserver les populations : 


“Quoiqu’il en soit, la structuration génétique des populations mise en évidence par nos résultats permet d’identifier 3 unités significatives de gestion (i.e. Evolutionary Significant Unit ; Ryder 1986, Moritz, 1994) à l’échelle desquelles une gestion et une évaluation de l’état de conservation des populations devrait être déclinées. L’une de ces unités regroupant les oiseaux de Guadeloupe et de Montserrat, impliquerait notamment qu’une attention particulière soit portée sur la population de la Basse-Terre compte-tenu des effectifs et de l’importante diversité génétique qu’elle renferme.” (p147)


Par ailleurs,  ses travaux confirment que les domaines vitaux de l’oiseau sont “petits” ou  “restreints”. Et que la tendance est à la baisse des effectifs : “L’ensemble de nos résultats supportent toutefois l’idée que les effectifs des populations de Basse-Terre et de la Dominique se montrent plus réduits aujourd’hui que par le passé”. (p146)


Tous ces éléments font que, si le statut UICN de la Grive à pattes jaunes devait être ré examiné à la demande du chef de Service Mixte de Police de l’Environnement de Guadeloupe, il resterait “Vulnérable”.


On ne peut nier cet état des connaissances et la poursuite de la chasse des populations du croissant bananier apparait clairement comme une mise en danger à court terme de ces populations déjà exposées à la contamination au chlordécone. Et, nous en appellerons à l’Etat de droit.


Mais surtout, au delà du sort de cette espèce, vous confirmez ici ce que chacun avait parfaitement compris à la dernière réunion : vous refusez de laisser sur place le gibier potentiellement contaminé et vous tenez absolument à transporter ces animaux chlordéconés ! 


Mais pour quoi faire ? Si ce n'est pour les consommer ou pire encore, les proposer à des convives et leurs enfants  ?!


Je veux encore croire que les autorités (et c’est à elles que je m’adresse), mesureront le risque qu’elles prennent pour la santé publique en vous accordant également cette demande.


Cordialement à tous, 


Dr Béatrice Ibéné 

Vétérinaire 




* ARNOUX, E. 2012 Variabilités phénotypique et génétique chez la Grive à pieds jaunes, Turdus lherminieri, à différentes échelles.Thèse de Doctorat d’université.

 


Voir les commentaires

Publié le par asfa
Publié dans : #Chasse excessive et braconnage intense

Braconnage intense : toujours d'actualité en Guadeloupe !

Braconnage sur les oiseaux

Il concerne presque toutes les espèces. Toutefois certaines « proies » sont plus faciles pour les braconniers.

Le braconnage sur les oiseaux s’exerce d’abord sur les espèces gibier en dehors des périodes légales de chasse. Les procès-verbaux dressés concernent essentiellement les dates de fermeture de la chasse et la chasse en zone protégée. Des braconniers sont parfois  surpris en pleine zone centrale du Parc National !

Au vu des constatations des agents du PNG, de l’ONF, des naturalistes, et des vétérinaires praticiens, les délits de braconnage s’exercent très souvent sur des espèces protégées. Parmi celles-ci,  plusieurs sensibles ou menacées voient leur statut précaire s’aggraver à cause précisément du braconnage.

Les limicoles et Anatidés protégés sont quasi systématiquement braconnés sur les vastes zones humides. De même que les Ardéidés, pourtant tous protégés et ne présentant aucune ressemblance avec quelque espèce gibier. Si le Héron garde-bœufs (Bubulcus ibis) est le principal visé, il faut souligner que cette « chasse au pic-bœufs » peut porter préjudice à d’autres espèces. En effet, le Héron garde-bœuf contribue à sécuriser et à fixer des espèces moins communes ou menacées au niveau des dortoirs : Aigrette neigeuse (Egretta thula), Aigrette bleue (E. caerulea), Grande aigrette (Ardea alba)…


 

Grande aigrette victime d'une fracture de l'aile


Les oiseaux marins - eux aussi tous protégés - sont parfois  victimes de plombs. Il en est ainsi des Pélicans bruns et des Frégates superbes, oiseaux gigantesques qu’il est impossible de confondre avec n’importe quelle espèce gibier ! .

                                                                            Pélicans bruns de l'anse Dumont

Même de superbes rapaces migrateurs comme le Faucon pèlerin (Falco peregrinus ) ou le Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) ont déja été retrouvés victimes de plombs de chasse.

 

                                                                Faucon pèlerin victime de braconnage

L’avifaune de Guadeloupe est également victime du pillage des nids pour la consommation des œufs. Au moins 13 espèces d’oiseaux de mer seraient ainsi victimes de prélèvements. Les oeufs de Sternes fuligineuses (Sterna fuscata) semblent très prisées par les braconniers.

                                                        sternes fuligineuses sur un ilet de la pointe des chateaux

Chauves-souris victimes de braconnage


Les guimbos sont les grosses chauves-souris frugivores (Artibeus jamaicensis, Brachyphylla cavernarum,…). Leur chair est depuis fort longtemps très prisée par certains Guadeloupéens. Quelle personne âgée de la campagne guadeloupéenne (de Grande-Terre et Marie-Galante en particulier) n’a consommé de « guimbo » ?


Les chauves-souris sont le plus souvent capturées ou abattues à jets de pierre voire à coups de fusils directement au gîte. Lors des scènes les plus barbares, les braconniers utilisent des palmes de cocotier enflammées pour brûler le patagium des chauves-souris. Ils peuvent aussi s’armer de bois très spinescent pour déchirer ces ailes membraneuses (patagium). Actuellement, de telles pratiques ne semblent plus guère pratiquées que par quelques inconditionnels. Plusieurs anciens consommateurs contribuent même aujourdhui à la protection des ces animaux fascinants en nous indiquant des gites !

Les petites chauves-souris insectivores comme le molosse commun (Molossus molossus) et le tadarida du Brésil (Tadarida brasiliensis) qui gîtent dans les habitations (notamment sous les toits de tôle ondulée) sont souvent éliminées, certaines entreprises de dératisation proposant leurs services de « déchiroptérisation ». L'ASFA a alerté les autorités à plusieurs reprises sur la destruction délibérée de ces espèces protégées.

molosse commun souvent victime de destruction quand elle gîte sous les toits

 

 Le Raton laveur ou racoon


Comme l’Agouti, ce petit carnivore est fréquemment braconné au prétexte de sa chair délicate ou des dégâts qu’il ferait aux cultures. Les adeptes de la consommation de racoon utilisent des chiens ou posent des pièges. Souvent des racoons sont ainsi retrouvés blessés, une patte restée prise et « gangrenée. Ceux qui cherchent à éliminer les racoons qui s’aventurent dans les jardins potagers ou plantations utilisent des appâts. En général, il s’agit de raticides anticoagulants seuls ou mélangés à des organophosphorés redoutablement efficaces contre les carnivores.

                                              jeunes racoons sans doute orphelins

Visiblement le statut protégé de ce « petit ourson », emblème du Parc National, mascotte de l’Archipel, ne suffit pas à dissuader ses braconniers. 

 

 



 Braconnage sur les Reptiles


Le braconnage des serpents est une pratique « commune » dans les Petites Antilles. En Guadeloupe, les serpents Alsophis et Liophis  sont régulièrement tués. D’ailleurs, tous les Liophis trouvés par Breuil  ont été coupés à coup de machettes. Un agriculteur  a ramené chez un vétérinaire une grande couresse qu'il a tué dans son jardin à Capesterre  Belle -Eau , une espèce qui n'avait pas été trouvée en Basse-Terre depuis plus de 100 ans !

couresse de la Guadeloupe braconnée

Le braconnage à l’encontre des couresses tient surtout de l’ignorance et de la peur. En effet, bien que tous les serpents guadeloupéens soient inoffensifs, les guadeloupéens craignent tout ce qui pourrait ressembler à la redoutable vipère « fer de lance » (Bothrops lanceolatus) martiniquaise. D’autant que des rumeurs se répandent volontiers sur des introductions volontaires de ce serpent venimeux en Guadeloupe.

Autrefois consommés ou vendus empaillés aux touristes, les iguanes étaient fréquemment tués en Guadeloupe. Aujourd’hui encore, ces grands reptiles sont braconnés. Ils seraient toujours prisés par certains adeptes de leur consommation. Mais la plupart du temps, les iguanes sont éliminés à cause des dégâts qu’ils commettraient dans les jardins. L’espèce la plus souvent victime est sans doute l’Iguane commun (Iguana iguana). Ce lézard omnivore et opportuniste est en pleine expansion en Guadeloupe.  Il n’hésite pas à se rapprocher habitations en quête de nourriture : légumes, fruits, déchets de poubelle… Mais l'espèce endémique des petites antilles et menacée de disparition, L'Iguane des petites Antilles (Iguana delicatissima) peut subir  ce braconnage
.


En Guadeloupe, le braconnage est une pratique « traditionnelle » qu’il faut se donner les moyens de combattre. Si une timide volonté politique commence à se faire sentir, force est de constater que la lutte effective contre le braconnage souffre sur le terrain d’un manque crucial de moyens humains. Une réelle politique d’information à l’égard du public rendrait plus efficace la protection des espèces. Dans la plupart des Petites Antilles faut-il le rappeler, l’éducation du public et la protection législative de la faune ont réduit de façon significative la pression de chasse.

            

                         Vous êtes témoin d'un acte de braconnage ?

Contactez L'Office Nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage :

Tel :0690 59 73 31  (Brigade Mobile d'Intervention)

mel : ONCFS971@guadeloupe.ecologie.gouv.fr

 

 

                      Participer à la préservation de nos oiseaux :             

                                 interdisez la chasse sur votre terrain  !!

 

crédits photos : Caroline Tarlier, Béatrice Ibéné

Voir les commentaires

Publié le par asfa
Publié dans : #Chasse excessive et braconnage intense

                   une menace pour notre biodiversité : la chasse excessive 

-  Trop grand nombre d’espèces chassables
36 espèces d’oiseaux ont été classées gibier en Guadeloupe (Colombidés, Mimidés, Anatidés, Muscicapidés, limicoles), soit plus de la moitié du nombre d’espèces gibier de France métropolitaine (62) !          *  Quatre espèces menacées à l’échelle mondiale ou régionale pourtant classées gibier doivent être protégées de façon urgente :

- La Grive à pieds jaunes (Cichlherminia lherminieri) endémiques de 4 îles des petites Antilles
- La Colombe à croissants (Geotrygon mystacea) quasi endémique des  petites Antilles (rare a Puerto Rico et aux îles vierges)
- Le Pigeon à couronne blanche (Columba leucocephala) ramier tête blanche


- Le Pigeon à cou rouge (Columba squamosa) ou ramier bleu

         * deux autres espèces communes mais à répartition géographique limitée puisqu'elles sont endémiques des petites Antilles.

- le Moqueur grivotte (Allenia fusca) ou grive fine ;  Scaly-breasted thrasher

- le Trembleur brun (Cinclocerthia ruficauda) ou grive trembleuse ; brown trembler



       D'autres espèces   sont localisées, rares ou très rares d'après AEVA (liste 2005) en Guadeloupe voire dans la région, et méritent que leur statut de gibier soit réexaminé :


- le Bécasseau maubèche (Calidris canutus)
- la Barge hudsonienne (Limosa haemastica)
- la Maubèche des champs (Bartramia longicauda)
- le Petit Fuligule (Aythya affinis)
- le Fuligule à collier (Aythya collaris)
- la Sarcelle à ailes bleues (Anas discor),
- le Canard chipeau (Anas strepera)
- le Canard siffleur d’Amérique (Anas americana),
- le Canard souchet (Anas clypeata)
- le Dendrocygne fauve (Dendrocygna bicolor)
- le Dendrocygne à ventre noir (Dendrocygna autumnalis)
- le Canard pilet (Anas acuta)
- la Sarcelle d’Hiver (Anas crecca)

                                       Gallinule poule d'eau -protégée- et sarcelle à ailes bleues -"gibier" -

De plus, un si grand nombre d’espèces chassables favorisent d’autant les erreurs de tirs liés à des difficultés de détermination. Ce problème de confusion est manifeste pour les oiseaux d’eau comme les Anatidés et surtout les limicoles (15 espèces chassables sur une quarantaine de limicoles présents en Guadeloupe ). En effet, tout ornithologue sait bien à quel point il est difficile de distinguer entre un bécasseau et un autre, un pluvier et un autre… Ces oiseaux peuvent présenter en outre différents plumages lorsqu’ils sont en Guadeloupe selon leur stade et cycle biologiques (immature, adulte 1ère année, adulte en plumage nuptial, plumage d’hivers ou estival, stades intermédiaires souvent…), ce qui augmente encore les risques de confusion. Dans la pratique, les chasseurs tirent le plus souvent « dans le tas » alors que les limicoles sont connus pour se déplacer en bandes plurispécifiques. 

                                              Tournepierre à collier (Arenaria interpres) ou "pluvier des salines"

-  Prélèvements excessifs
Les tableaux de chasse sont souvent très importants au début de la saison. Ne sont pas rares les chasseurs de Grande-Terre par exemple, qui prélèvent une trentaine de Tourterelles à queue carrée par jour lors des premières semaines d’ouverture. Un rapport de l’ONF indique que des tableaux de chasse peuvent comporter 50 à 100 oiseaux par jour et par chasseur! . Sur les zones humides les tableaux journaliers peuvent monter à plusieurs dizaines de limicoles par chasseur.

Il n’existe à l’heure actuelle aucun enregistrement ni quelque limitation des tableaux de chasse en Guadeloupe comme les P.M.A. (Prise Maximale Autorisée) sur des espèces sensibles comme le Pigeon a cou rouge (ramier) , le pigeon à couronne blanche, la colombe à croissant ou la menacée  Grive à pattes jaunes (endémiques de 4 îles seulement des petites Antilles)

L’instauration de quotas par chasseur, par espèce, et par territoire, déjà proposée dans les années 70 par l’ONF, et actuellement vivement recommandée et souhaitée par tous - est une mesure à prendre et à faire appliquer rapidement pour diminuer l’impact de la chasse en Guadeloupe


-  Trop de zones chassées
Le problème de l’excessive pression de chasse dans les zones humides de Guadeloupe est crucial. Les marais sont fort prisés par les chasseurs guadeloupéens. Or les biotopes favorables aux oiseaux d’eau se raréfient. Les quelques marais non protégés attirent un nombre très élevé de chasseurs et par conséquent, les espèces gibier (limicoles et Anatidés), migratrices pour la plupart, subissent des prélèvements déraisonnables.

L’exemple le plus triste est celui de l’immense Marais de Port-Louis (300 ha), pourtant inclus, rappelons le, dans l’ensemble des zones humides d’importance internationale comme habitat des oiseaux d’eau. A l’ouverture de la chasse, ce marais attire à lui seul des centaines de chasseurs.  Les prélèvements annuels réalisés sur ce marais sont très excessifs, tant en nombre qu’en pourcentage des populations migratrices présentes dans l’Archipel.

 

  En Basse-Terre, la chasse est autorisée dans les Forêts Départementales et Départementalo-Domaniales (FDD) dont certaines jouxtent la zone du Parc National. Une partie non négligeable de la forêt humide est donc soumise à la chasse (plus de 15 000 ha). D’après le questionnaire de l’ONF auprès des chasseurs en forêts soumises, 80 % chassent en FDD et 40 % en forêt sèche (dont les 1 500 ha de forêt domaniale du littoral).



- Période trop longue incompatible avec la Biologie des espèces

                    Toureterelle à queue carré, chassée en Guadeloupe en pleine période de reprduction


L’ouverture générale de la chasse est le 14 juillet en Guadeloupe alors que de nombreuses espèces sont en saison de reproduction (celle-ci comprend l’élevage des jeunes). C’est notamment le cas de la Tourterelle à queue carrée (Zenaida aurita). Garrigues et al.  ont démontré, d’après l’analyse de tableaux de chasse - en utilisant la sécrétion caséeuse du jabot comme indicateur du statut parental des tourterelles -, qu’au moins 60 % des adultes tués pendant la période de prélèvement du 14 juillet au 31 août sont concernés par la reproduction (adultes avec jeunes éclos). Durant cette période, l’âge-ratio est très faible : inférieur à 1 jeune/adulte. La saison de reproduction est donc loin d’être achevée. Dans ces conditions, l’avenir de ce Colombidé encore commun en Guadeloupe, est plus qu’incertain. En effet, il a été démontré que l’âge-ratio minimal doit être 2,3 jeunes/adulte pour assurer le maintien des effectifs des populations de tourterelles soumises à la chasse.

En l’état actuel des connaissances, il apparaît donc urgent de raccourcir sensiblement la période légale de chasse de deux mois avec une ouverture mi-septembre, comme dans la plupart des îles Caraïbes. Ce n’est qu’à cette condition que les espèces dites gibier verront maintenir leurs effectifs, dans l’intérêt de tous, naturalistes comme chasseurs.

Il est grand temps que la Guadeloupe s’aligne sur ses voisines antillaises en matière de période de chasse. Cet alignement permettrait d’harmoniser la conservation des oiseaux migrateurs qui choisissent la voie des Antilles.

Comme le soulignait le Père Pinchon, les oiseaux migrateurs « enrichissent chaque année la parure de nos îles », aussi, « devrait-on les protéger au lieu de les décimer, afin de les inciter à revenir régulièrement dans nos régions ».

   

la Guadeloupe mauvaise élève des îles de la Caraibe !

Une enquête réalisée par l’ONC pendant le 11ème colloque de la Société Caribéenne d’Ornithologie (juillet 1998) révèle que parmi les îles de la Caraïbe, la Guadeloupe est celle dont la législation est la moins protectrice vis à vis des espèces sauvages.

En effet, elle possède non seulement

- la période de chasse la plus longue,

- échelonnée suivant les espèces,

- mais aussi le plus grand nombre de chasseurs 

- et le plus grand nombre d'espèces chassables (35 !)

....et si peu d'agents pour contrôler l'exercie de la chasse !!!

Sainte-Lucie est sans doute l’île antillaise exemplaire en matière de protection des espèces : fermeture totale de la chasse . La Martinique serait la deuxième île la moins protectrice de la faune. Les caractères excessifs de la chasse légale apparaissent donc comme une particularité des Antilles françaises au sein de la Caraïbe… 


                                          Quelles répercussions de cette chasse excessive ??

La pression de chasse excessive a des répercussions sur les espèces gibier, mais aussi sur les espèces protégées qui partagent les mêmes biotopes.

- Réduction drastique des populations d’espèces « gibier »
En premier lieu, cette chasse excessive, incompatible avec la biologie des espèces, conduit à une « réduction drastique des populations d’oiseaux » en Guadeloupe. Cette réduction drastique a causé et aggrave le statut précaire d’espèces sédentaires menacées (Grive à pattes jaunes, Colombe à croissants, …) et affecte de nombreuses espèces migratrices autrefois communes en Guadeloupe (une dizaine d’espèces d’Anatidés…). Si une telle pression de chasse se maintenait, les populations d’espèces actuellement communes pourraient subir le même sort (Colombe rouviolette, Tourterelle à queue carrée…). 


-  Atteinte des espèces protégées
Les caractères excessifs de la chasse légale précédemment décrits sont autant de facteurs augmentant le risque d’erreurs de tirs sur les espèces protégées. De plus, la longue période de chasse prolonge l’occasion donnée aux chasseurs de braconner les espèces non gibier ou gibier dont la chasse est interdite à cette période (port de fusil autorisé…). Pour ces raisons, en plus du raccourcissement de la période de chasse, le principe d’une date unique de chasse par biotope (et non plus par espèce) serait souhaitable. L’instauration d’un quota de chasseurs par territoire limiterait aussi ce risque de braconnage.

Les espèces protégées (Anatidés en particulier) risquent également d’être atteintes de saturnisme. Une intense activité de chasse en zone humide conduit en effet à une concentration très élevée de grains de plombs dans la zone.


- Dérangement très important lié aux tirs
Au vu des effectifs de chasseurs présents sur un même site et des prélèvements excessifs (un individu tué « nécessite » plusieurs essais), les tirs causent un dérangement important à l’avifaune de Guadeloupe. Il atteint son maximum dans les zones humides. Les impacts négatifs du dérangement s’observent chez toutes les espèces, chassables et protégées, qui partagent le même biotope. Les oiseaux ainsi dérangés sont perturbés dans leurs fonctions d’alimentation (ce qui peut être d’autant plus préjudiciable pour les migrateurs) et de reproduction, quand ils ne fuient pas définitivement le site.

La belle Echasse d'Amérique (Himantopus mexicanus) a deja réalisé plusieurs tentatives de nidification sur le marais de Port-Louis. Tentatives avortées chaque fois dès l'ouverture de la chasse.

Dans les îles du Nord la faible pression de chase sur les étangs lui permet de nidifier pour le plus grand plaisir des habitants et des touristes !

               Echasse d'Amérique   qui ne parvient pas à nidier sur le marais de Port-Louis à cause de la forte pression    
 

Ce dérangement excessif a profondément modifié le comportement de vigilance des oiseaux en Guadeloupe et augmenté sensiblement leur distance de fuite. La plupart des oiseaux sont devenus beaucoup plus farouches.

A ce propos, l’exemple des Colombidés est frappant.

La Colombe à queue noire (Columbina passerina) dénommé "ortolan" en créole qui, dans toute son aire de répartition, n’a pas peur des humains, est une espèce certes répandue et commune sur l’Archipel guadeloupéen, mais très craintive. Sa méfiance vis à vis de l’homme est justifiée. En effet, ce petit colombidé était très pourchassé auparavant et représentait la cible favorite des jeux de lance - pierre.

                                                    Tourterelle à queue noire

A Barbade et Saint-Christophe, le Pigeon à cou rouge, le magnifique "ramier" fréquente les villes alors qu’en Guadeloupe, il est cantonné aux milieux forestiers !

Aux Saintes, grâce à l’arrêté municipal d’interdiction de la chasse en vigueur depuis 1976, les deux Colombidés très chassés sur « le continent », la Tourterelle à queue carrée et la Colombe à croissant, sont peu craintives, comme dans les autres îles de la Caraïbe. La Tourterelle à queue carrée est beaucoup plus  familière qu’en Guadeloupe "continentale".

 

 Les ornithologues et promeneurs sont toujours surpris du silence qui règne dans la forêt humide de Basse-Terre, qui pourtant, nous l’avons vu, abrite une avifaune riche et diversifiée. Cette « timidité » des espèces sauvages de l’Archipel induite par l’excessive pression de chasse depuis le début de la colonisation contrarie le développement de l’écotourisme.

Une biodiversité déja appauvrie par cette chasse excessive !!

Ce sont de telles pressions de chasse effrénées qui ont mené à la disparition définitive de nos perroquets endémiques : l’Ara de la Guadeloupe, l’Amazone de Guadeloupe et la Perruche de Guadeloupe…. au 19ieme siècle.  . Ces espèces ont disparu à jamais du patrimoine mondial (perte de biodiversité génétique et spécifique). Pas de réintroduction possible donc. Aujourd’hui nous regrettons leur extinction comme celle des flamants roses de la Pointe des Châteaux ou celle des Aigrettes bleues qui nichaient en colonie d’une centaine de couples sur l’îlet « la biche » du Grand Cul de sac marin décimées dans les années 195O . Et ce ne sont pas les quelques perroquets « exotiques » (originaires d’Afrique) exhibés dans les parcs zoologiques et animaliers, vendus en animalerie ou échappés de volière qui recolorent ou réaniment les forêts guadeloupéennes.

 

crédits photos : Béatrice Ibéné , Maurice Mahieu

sources:

- *AEVA, 2005 (Levesque A., Villard P., Barré N., Pavis C. & Feldmann P., ). Liste des Oiseaux des Antilles françaises. Rapport n°29 de l'Association pour l'Etude et la protection des Vertébrés et végétaux des petites Antilles (AEVA). Petit-Bourg, Guadeloupe, juillet 2005 : 24 pages.

- RAFFAELE, H. et J., WILEY, J., GARRIDO, O., KEITH, A. - Birds of the West Indies.- London, Helm, 1998.- 511p.

- IBENE, B - Conservation de la Faune sauvage de l'Archipel guadeloupéen : espèces sensibles et menacées, dangers, mesures de sauvegarde. Thèse pour le Doctorat vétérinaire - Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse- 2000. -136pp.

- GARRIGUES, R., SCHERRER, B., FERRAND, I. ANSELME, M., TAYALAY, G.  - L’activité sécrétrice du jabot : un indicateur du statut parental chez la Tourterelle à queue carrée (Zenaida a. aurita).- Gibier Faune Sauvage, 1991, 8, 149-160.

 

- ANONYME. - La chasse en Guadeloupe.- Rapport. ONF, Basse-Terre, 1978.- 63p.

 

- FELDMANN, P., VILLARD, P., BARRE, N. - Les populations d’oiseaux forestiers de la Basse-Terre en Guadeloupe.- In : 11ème rencontre Annuelle de la Société Caribéenne d’Ornithologie, Fort Royal, Deshaies, Guadeloupe, 23-30 juillet 1998.- pp.9. Deshaies, SCO – AEVA – PNG, 1998.- 42p

 

 

 

Voir les commentaires

<< < 1 2

Articles récents

Hébergé par Overblog