Les rats : une calamité pour la faune locale
Leur prolificité et leur alimentation éclectique en font des espèces très envahissantes.
§ le Rat noir (Rattus rattus)

Il a été introduit dans l'Archipel probablement dès le début du XVIe siècle pas des galions espagnols. Le Rat noir s'est très rapidement étendu et multiplié. Cet omnivore a pu coloniser la quasi totalité des milieux, même la mangrove la plus halophile. En forêt marécageuse sa densité atteint jusqu?à 18 individus /ha.
Ce rongeur aux moeurs arboricoles a un impact très négatif sur l'avifaune, ses proies de prédilection étant les oeufs et poussins. Le Rat noir est le seul prédateur des couvées et nichées dudu Pic de la Guadeloupe. Il s'attaque aussi aux jeunes couresses.

dispositifs de protection des nids de pic dans les stipes de cocotier
§ le Surmulot (Rattus norvegicus)
Il aurait été introduit en Guadeloupe à la fin du XVIIe siècle. Il fréquente aussi tous les milieux mais a une forte affinité pour les zones anthropisées. Les multiples décharges à ciel ouvert sont autant d'aubaines pour l'installation du Surmulot en milieu naturel (mangrove, régions côtières).
Ce rongeur bien que non arboricole exerce lui aussi une prédation sur les nids d'oiseaux notamment marins.
crédits photos : B Ibéné
La Mangouste indienne Herpestes auropunctatus


mangouste juvénile apprivoisée , adorable animal de compagnie la mangouste est un prédateur redoutable pour la faune locale.
Mammifère introduit volontairement en Guadeloupe en 1888, afin de lutter contre les rats qui dévastaient les plantations de canne à sucre. Ce Viverridé prolifique (2 portées par an, de 1 à 5 petits, a colonisé tous les milieux de l’Archipel. En effet, si la Mangouste semble préférer les régions côtières xérophiles, elle est bien présente en forêt hygrophile de la Basse-Terre et se retrouve même jusqu’à 1 100 m d’altitude au pied de la Soufrière.
Son régime alimentaire est éclectique : omnivore à tendance carnivore. Les rongeurs, oiseaux et leurs œufs sont les proies préférées des mangoustes, mais elles consomment aussi des amphibiens, petits reptiles terrestres, crustacés, myriapodes et des fruits.
Cette introduction a été complètement inefficace dans la régulation à long terme des populations de rats et a été considérée comme un fléau. Devant les ravages qu’elles causaient aux élevages de volailles, des campagnes anti-mangoustes ont été menées. Comme les précédentes, la dernière en date de 1977, qui a éliminé près de 16 000 individus, a échoué.
L’introduction de la Mangouste, comme dans beaucoup d’îles océaniques, a eu un « impact écologique spectaculaire ». Elle fut en effet très dommageable pour la faune locale.
On lui impute la disparition de l’Ameive de Guadeloupe (Ameiva cineracea) et de la Chevêche des Terriers (Athene cunicularia).
Elle demeure un important facteur de raréfaction de plusieurs espèces insulaires. Les lézards du genre Ameiva, comme les couleuvres Alsophis sp. et Liophis sp., semblent particulièrement sensibles à la prédation de la mangouste. Les Scinques des Antilles (Mabuya mabouya) et les nouveau-nés ou jeunes iguanes payent probablement un très lourd tribut à son action prédatrice.
Parmi les mammifères, l’Agouti est le plus menacé par le Viverridé qui s’attaque à ses petits.
La prédation sur l’avifaune s’exerce principalement au nid, sur les œufs et les poussins ainsi que sur les juvéniles cherchant leur nourriture au sol. Les œufs et poussins des oiseaux de mer, notamment les sternes blanches nichant à même le sable, sont particulièrement vulnérables. Il en est de même des Colombidés du genre Geotrygon, connus pour leurs mœurs terrestres. La mangouste aggrave également le mauvais état de conservation de la Colombe à croissants (G. mystacea).
Sources :
- BÉNITO-ESPINAL, E. - La Faune II. – In La grande encyclopédie de la Caraïbe.- Italie, Sanoli éd., 1990. Tome 4, 207p.
- BREUIL, M. - Histoire naturelle des Amphibiens et Reptiles terrestres de l'archipel guadeloupéen, Saint-Amrtin, SAint-Barthélémy. Patrimoine Naturels, 54, PAris, SPN/IEGB/MNHN, 2002, 339p
- CHARLES-DOMINIQUE, P. & MOUTOU, F.- Les carnivores des DOM-TOM.- Coll. Encyclopédie des carnivores de France.- Paris, S.F.E.P.M., 1987. 27p.
- FELDMANN, P., BARRÉ, N., BREUIL, A., BREUIL, M., LORVELEC, O. PAVIS, C. - Les vertébrés terrestres du site du projet de barrage de Bras David (Basse-Terre). Rapport AEVA, 1996, n°14., Convention AEVA /Stucky S.A., Petit-Bourg, Guadeloupe, 54p. - HENDERSON, R. W. - Consequence of predator introductions and habitat destruction on Amphibians and Reptiles in the Post-Columbus West Indies. –
-IBENE, B - Conservation dela faune sauvage de l'Archipel guadeloupéen : espèces ensibles et menacées, dangers,mesures de sauvegarde -Thèse pour le Doctorat Vétérinaire - Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse, 2000. 136pp.
- NELLIS D. W. & EVERARD, C.O.R.. - The biology of the mangoose in the Caribbean.- Studies on the fauna of
- PASCAL, M., BARRÉ, N., LORVELEC, FELDMANN, P., PAVIS, C. - Faisabilité écologique d’un programme de piégeage de la Mangouste dans la Réserve Naturelle de la Caravelle (Martinique).- Rapport AEVA, 1996, n°12, Petit-Bourg, Guadeloupe.- 15p.
- PINCHON, R. - Faune des Antilles Françaises : les oiseaux. - 2ème éd. Fort de France, Compte d’auteur, 1976.- 325p.
les Rainettes x-signées : un danger pour les espèces locales
encore une espèce introduite qui menace la faune locale de la Guadeloupe
Des hôtes indésirables transportés par les matériaux et les plantes.
Après les escargots achatines et les cigales invasives voici qu'arrivent les rainettes X signées, des grenouilles envahissantes découvertes en 2003 par l?herpétologue Michel Breuil. D'après l'étude de prospection systématique que nous avons réalisée courant avril 2005 et les données récoltées depuis, ces grenouilles en provenance d'Amérique du Sud, sont en pleine expansion en Grande-Terre : de Saint-Francois à Pointe-à-pitre, en passant par Sainte-Anne, Gosier, Moule, Morne à l'Eau, Abymes ; du littoral à l'intérieur des terres ! . Nous l'avons trouvée dans les milieux anthropisés (maisons, jardins, prairies pâturées, ...) mais aussi, fait plus inquiétant, dans des habitats naturels (bois et ravines des grands-fonds, forêt marécageuse, marais,)
La rainette X signée a probablement été introduite en Guadeloupe depuis le milieu des années 90, par des matériaux de construction (bois de Guyane par exemple). Ensuite, elle a pu profiter du transport de matériaux pour les constructions à l'intérieur de l'île et surtout de l'essor des pépinières, pour étendre sa répartition à travers toute la Grande-Terre. Elle est maintenant signalée en Basse-Terre : Sainte-Rose (Sofaia), Goyave, ...
Une menace pour nos grenouilles endémiques
Les rainettes X signées sont de même taille (environ 5 cm) que nos grenouilles locales les plus communes, appelées hylodes de la Martinique, mais en réalité endémiques de la Martinique, la Dominique et la Guadeloupe. Ce sont ces grenouilles arboricoles en forêt mais bien familières de nos cuisines et salles de bains où elles chassent divers insectes (moucherons, moustiques, petits papillons, cafards?). Les Rainettes peuvent rentrer en compétition avec elles pour la nourriture et le territoire comme l'hylode de Johstone introduite dans les années 60 et qui ne cesse de gagner du terrain sur l'hylode de la Martinique ce qui en fait une espèce presque menacée d'après l'UICN(L'Union Mondiale pour la Nature).
Quant aux deux espèces endémiques de La Basse-Terre, l'hylode de Pinchon et l'hylode de Barlagne, déjà considérées en Danger de disparition par L'UICN, leur état de conservation pourrait dramatiquement s'aggraver si les rainettes parvenaient à s'introduire dans les forêts humides de la Basse-Terre. Les envahisseuses pourraient même leur transmettre un champignon cutané mortel. Ce champignon est d?ailleurs incriminé dans le déclin de nombreuses de espèces de grenouilles des forêts humides de la Caraïbe, notamment les grosses Montain chicken de la Dominique (Leptodactylus fallax) en danger critique de disparition, il y a peu, encore prisées pour la qualité gustative de leur chair.
Reconnaître les rainettes invasives
Ø Elles ont un X sur le dos (deux parenthèses inversées)
Ø Elles ont les pattes arrière palmées dont sont dépourvues les grenouilles locales (doigts libres qui leur vaut leur nom de genre latin Eleutherodactylus)
Ø comme les crapauds elles ont des phases aquatiques. Elles pondent leur oeufs dans des points d’eau (mares, bidons , …) où se développent leurs têtards alors que les hylodes sont affranchies du milieu aquatique et pondent leur œufs au sol. De l’oeuf sortira directement une grenouille miniature de 5 mm à peine.
Ø Elles sont capables de sauts impressionnants : plus d’un mètre.
Publication scientifique sur hylidés invasifs dans les Antilles par Michel Breuil et béatrice Ibéné. Téléchargez l'article : ICI 














