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Oiseaux des forêts et jardins


Dimanche 1 octobre 2006 7 01 /10 /Oct /2006 23:42

 Le Pic de la Guadeloupe  : le woody woodpecker guadeloupéen ! 

le tambouyè de nos forêts 

Melanerpes herminieri

 (Picidés)



Répartition géographique : seul oiseau survivant endémique de la Guadeloupe du point du vue spécifique. C'est aussi le seul pic sédentaire des Petites Antilles. Il n'est présent qu'en Basse-Terre et Grande-Terre.

Synonymie :

créole : tapeur tapè, toto bwa, toc toc.

Anglais : the Guadeloupe Woodpecker

Description: oiseau robuste de couleur noire. Sa gorge et son ventre sont rouges et le dos apparait plutôt bleuté. Le mâle a un bec plus long que la tête tandis que le bec de la femelle est de même longueur que sa tête.
Mensurations : 26 à 28 cm de long pour 70 à 96 grammes. les indidus vivant en Basse-Terre sont légèrement plus grands que ceux de la Grande-Terre.

                            un couple de pics au nid : le mâle à l'exterieur ,la femelle à l'intérieur s'apprête à lui laisser sa place .

Son langage : Il utilise au moins 8 vocalisations différentes (communication entre le couple , les jeunes ou avec les intrus).Son cri habituel est un "WA WA" rauque, facilement audible.


Écologie : le Pic a colonisé tous les milieux forestiers de la Guadeloupe. On le retrouve en effet en forêt humide, mésophile, marécageuse et en mangrove. La forêt humide constitue 70 % de la superficie occupée par l'oiseau. En Grande-terre on peut l'observer facilement même près des maisons quand les alentours sont suffisamment boisés.

C'est un oiseau territorial. Il vit et creuse son nid dans un territoire restreint (2 à 5 ha). Le couple a besoin d'un territoire minimal de 2 ha dont un tiers au moins doit être forestier.

D'après les prospections systématiques de Pascal Villard, le Pic occupe 45 % de la Basse-Terre et 23 % de la Grande-Terre, soit une aire de répartition totale pour l'espèce de 543 km². 

 



Alimentation : le Pic de Guadeloupe a un régime alimentaire assez éclectique. Les adultes se nourrissent de proies animales (termites, fourmis, larves d'insectes, myriapodes) qu'ils trouvent en creusant dans le bois mort, et de divers fruits (prunes mombin, cythères, payes,oranges,cabosses de cacao, fruits de bois canon....).

Les proies amenées au nid sont principalement des orthoptères, coléoptères, des larves et des hylodes.

 



Reproduction : la saison de reproduction s'étend de Février à Aout.

Durant cette période on peut entendre les tambourinages des mâles sur de supports de bonne résonnance. Les deux parents participent à l'excavation d'une cavité de nidification dans un tronc d'arbre mort ou dans un stipe de cocotier mort, mais resté dressé. Le nid peut être creusé dans la partie morte d'un arbre vivant ou quelquefois dans un cocotier vivant. généralement le nid n'est utilsé qu'un ou deux ans mais nous avons découvert que le couple peut réutiliser un nid plusieurs années (au moins 5 ans) pour peu que l'arbre reste dréssé.

Depuis quelques années nous avons constaté que des couples cherchent à utiliser des poteaux en bois éléctriques ou téléphoniques pour creuser leur nid.

Un couple élève 3 jeunes au maximum. Ils prennent leur envol une trentaine de jours après l'éclosion mais restent dépendants des parents plusieurs mois après le premier envol. Ils restent à leurs cotés parfois jusqu'à la prochaine saison de reproduction. Pendant plusieurs mois on peut donc observer une véritable famille de pics (de 3 à 5 membres).



La durée de vie du Pic de Guadeloupe est d'au moins 8 ans et probablement d'une dizaine d'années.

Importance numérique : Villard a estimé la population à 10 330 couples (avec une marge d'erreur de 1 000 couples ) : 7 920 couples en Basse-Terre et 2 410 en Grande-Terre.



Statut de conservation : dans la liste mondiale des oiseaux menacés,  le Pic de la Guadeloupe dans la catégorie UICN « Near Threatened » (proche de menacée).

Pour Villard, le Pic de la Guadeloupe est déjà dans la catégorie « Vulnérable » de l'UICN C'est à dire qu'il est confronté à un risque élevé d'extinction à létat sauvage à moyen terme. En effet, les conditions requises pour ce classement sont déjà virtuellement atteintes :


- faible aire de répartition : < 2 000 km² (critère principal)
- forte fragmentation (Grande-Terre et Basse-Terre ) (B1)
- déclin continu en étendue de la répartition (B2b)
- déclin continu en nombre d'individus matures en Grande-Terre (B2e)
- fortes fluctuations (cyclones) en nombre d'individus matures (B3d)
- faible population reproductrice.


Il est fort à craindre qu'à la vitesse à laquelle avance la déforestation, le Pic de Guadeloupe aura disparu de la Grande-Terre dans une dizaine d'années ! Si le morcellement de l'habitat se poursuit l'espèce perdra donc 25 % de sa population.



Menaces : la principale est la déforestation et la fragmentation de l'habitat. La disparition de son habitat forestier est surtout dramatique en Grande-Terre et en particulier dans les Grands-Fonds. L'urbanisation galopante, l'exploitation des carrières de tuf, la construction de routes et surtout depuis quelques années  l'extention de la pratique du charbon de bois qui touche cette région, constituent le plus grand danger pour la survie de cette espèce endémique.

 


Les cyclones : s'ils peuvent créer de nouveaux supports pour l'excavation de loge en sectionnant les palmes des cocotiers et en laissant des stipes dressés (ce fut les cas après Hugo), ils sont plutôt néfastes. Ainsi, les cyclones Luis et Marilyn ont jeté à terre de nombreux sites de nidification sans en générer d'autres.

 

arbre support d'un nid tombé au sol.


Les jeunes pics inexpérimentés payent un lourd tribut aux vents violents et fortes pluies qui caractérisent les ouragans.

Les rats sont les principaux prédateurs du Pic de la Guadeloupe. En particulier le Rat noir (Rattus rattus) qui mange les oeufs du pic et peut même s'installer dans les cavités pour y nicher.

Les pesticides : le Pic étant un prédateur d'insectes il peut accumler des pesticides présentes sur ses proies ou ingérées par elles . Il est sans doute  victime des traitements fongicides utilisés pour les bananeraies.

Le braconnage : bien que protégé le Pic de la Guadeloupe est encore parfois tiré à proximité des arbres fruitiers notamment lors de la chasse aux Colombidés. Il doit sans doute sa survie à la médiocre qualité gustative de sa chaire.

 


Sauvegarde : chacun peut aider notre dernier oiseau endémique !

- préserver les bois et forêts. Ne couper que les arbres présentant un danger pour la maison;

- conserver les arbres morts (poiriers, arbres à pain, cocotiers, ...)

- repérer les nids et les protéger de l'attaque des rats en positionnant une feuille de tôle autour du tronc

- réduisez l'usage des pesticides dans le jardin

- planter et favoriser des espèces végétales dont se nourrit le pic et qu'il pourr utiliser pour creuser son nid.

- observer un couple autour de chez vous et noter vos observations : elles sont précieuses car elles peuvent nous aider à mieux connaitre la biologie de l'espèce.

 

crédits photo : Céline Etzol, Béatrice Ibéné

En savoir plus sur le Pic de la Guadeloupe :

- la monographie de Pascal Villard : Villard, P. Le pic de la Guadeloupe. SEOF. 1999

 - L'exposition itinérante et le CD rom pédagogique (présentation powerpoint) de L'ASFA sur le Pic de la Guadeloupe. Disponible gratuitement pour les établissements scolaires :  

 voir rubrique expo pic

 

 

 

 

 

 


Samedi 2 septembre 2006 6 02 /09 /Sep /2006 04:41

Aidez son prochain :

quand les oiseaux nous donnent une leçon de savoir vivre !

 Lors d'une de nos prospections en zones humides sur un étang à Bois Jolan (Sainte-Anne) nous avons découvert un cas d'entraide entre deux espèces d'oiseaux différentes : une Elénie siffleuse (Elaenia martinica ) ou "sifflè" et un Tyran gris (Tyrannus dominicensis) ou "pipirit".

 

 

 

 Imaginez  mon émerveillement de surprendre une élénie en train de nourrir un des deux petits pipirit bien qu'il n'ait pas été délaissé de ses parents. Visiblement sortis trop tôt de leur nid , peut-être tombés suite au mauvais temps de la veille , les jeunes ont sans doute émis des cris d'alerte auxquels a répondu une élénie. Certes ces deux espèces font partie de la même famille des Tyrannidés mais l'élénie consomme des baies et petits  fruits, très peu d'insectes alors que les "pipirits" sont de redoutables chasseurs d'insectes en plein vol !

la mère nouricière (élénie siffleuse) plus petite que "son" jeune" (Tyran gris)

 

Textes et photos - Béatrice Ibéné pour L'ASFA - Tous droits réservés-


Dimanche 6 août 2006 7 06 /08 /Août /2006 01:39

dessin extrait de Raphaele et al, 2003

Synonimie:

Noms locaux : La Grive à pieds jaunes ou « Grive pieds jaunes » (Guadeloupe) ; Yellow-legged Thrush (Dominique) ; Mauvis (Sainte-Lucie).   
Nom anglais : Forest Thrush
Nom latin : Cichlherminia lherminieri (Famille des Muscicapidés)

Cichlherminia lherminieri lherminieri : sous-espèce de la Guadeloupe

 Description : 26 cm ; c’est un oiseau de plumage brun vert dessus, moucheté blanc jaune  dessous. Le pourtour des yeux dénudé et les pattes sont bien jaunes. Le bec assez fort et  droit , sa mandibule est jaunâtre.

 Répartition géographique : très limitée !!. L’espèce est endémique de 4 îles montagneuses des Petites Antilles : Sainte-Lucie, Dominique, Guadeloupe et Montserrat. Chacune de ses îles possède une sous-espèce.  La grive pieds jaunes est rare à Sainte-Lucie et à Montserrat.

 Habitat : forêts des sous - bois au haut des arbres. En Guadeloupe on la retrouve dans les forêts mixtes et humides en Basse-Terre, et dans quelques  reliquats de forêt marécageuse et dans les vallées boisées préservées des Grands-fonds en Grande- Terre où elle tend à disparaître.

 Biologie : se nourrit d’insectes, de fruits et de baies.  C’est un oiseau très farouche.

 Menaces : le déclin drastique des populations est dû à la forte pression de chasse,à la dégradation continue et accélérée de l’habitat forestier (ravines boisées des grands fonds , reliquats de forêt marécageuse), ainsi qu’à la prédation par une espèce introduite : la mangouste.

A Sainte-Lucie elle est victime du parasitisme du Vacher luisant  (Molothrus bonariensis) et de la compétition avec le Merle à lunettes (Turdus nudigenis), une espèce en expansion.

C’est également une espèce très sensible aux dérangements.

Conservation : elle est classée "vunérable"sur la liste rouge mondiale des espèces menacées de L'UICN (www.redlist.org). Malheureusement en Guadeloupe c'est encore une espèce gibier sur laquelle la chasse est autorisée sans aucun quota ! Elle est protégée dans les 3 autres îles où elle est présente.

L'ASFA demande la protection légale en Guadeloupe de cet oiseau endémique des petites Antille et menacé !!


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